23 octobre 2008
Les morilles
"_Et qu'a t elle fait quand vous lui avez dit que vous alliez la tuer?
Je crois qu'elle a levé les yeux au ciel.
_De quelle couleur était le ciel?
Je ne sais pas, nous étions dans le salon, la nuit venait de tomber... elle s'est servi une autre coupe de Champagne sans me demander, elle s'est enfoncée dans le canapé, s'est mise à feuilleter un magazine, j'ai trop de magazines chez moi.... Elle avait l'air de s'ennuyer... . .... Arrêtez de me regarder comme si j'étais la victime, je l'ai tuée après tout.
_Oui. Pas de doute là dessus...on compte encore les morceaux... Dîtes moi plutôt ce qui s'est passé ensuite.
J'avais préparé un souri d'agneau aux morilles.
_... et pas d'entrée?
Elle avait pas le temps. (rires) Elle était déjà en soutien gorge quand j'ai ramené le plat. Son portable n'arrêtait pas de sonner, elle ne répondait pas, par politesse, je sais pas: "j'ai un autre rendez vous dans quarante minutes, penses tu que tu seras dans les temps?" elle m'a quand même demandé, en vacillant.
_Cela vous a t il vexé?
Elles n'ont jamais le temps. Comme si l'empressement allait les empêcher de vieillir... vexé je dirais que non. Déçu un peu. J'aime qu'elles mangent avant, ça les rend plus résistantes. Et elle préférait boire de toute évidence.
_Vous mangiez vous aussi? Lui avez vous donné l'exemple?
Elle est étrange cette question...y a t il quelqu'un au dessus de vous auquel je pourrais en parler?
_Je suis la dernière....
Moi je voulais la sauter, l'étriper, la dépecer... mais pas tant qu'elle n'aurait pas terminé son assiette... "Goûtez pour l'amour du Ciel! C'est frais, plein de saveurs..." Elle a ri bêtement puis elle s'est mise à becqueter, comme si je lui avait servi du grain, repoussant avec soin les morilles vers le bord de l'assiette. Dans ces moments on écourterait bien le cérémonial pour en venir directement au carnage. La bouche pleine, elle m'a avoué que le vouvoiement l'amusait alors, pour rester dans l'ambiance j'ai répondu que je ne tutoyais que mes amis, et les femmes décédées...Elle a ri, encore.
_Etait elle attirante?
Oui, sauf quand elle mangeait.
_Vous l'avez drôlement esquintée. Les photos "avant-après" sont quelque peu éprouvantes.
Il n'y a pas une seule femme sur Terre qu'un homme n'ait voulu tuer un jour, un instant, ou durant toute une vie. Et vous, Mademoiselle, car je n'ose vous espérer un époux, n'avez pour effleurer la question que ce barbant diplôme tendu à bout de bras comme une brindille... Tu nasilles ma chère, tu vibres ma petite morte...tu la vois la lumière qui change tout à coup dans cette vilaine pièce, tu permets que je me dise "TUE"?
_Calmez vous, je ne suis pas votre ennemie.
Les ennemis ne m'intéressent pas, ce sont les gens les plus inutiles d'une vie. On passe son temps à les admirer et c'est très peu constructif...
Je vous taquinais gentiment. C'est plus fort que moi....Non, vous, vous mourrez, bêtement, sans moi pour orner les contours de votre disparition.
_Quels sont vos tarifs? Je voudrais quelque chose de bref mais de très sensuel en même temps.
Vous faîtes de l'humour, c'est bien... Je n'ai pas de tarifs, il ne vous en coûterait que la vie. Pour ce qui est du style, je n'ai malheureusement pas mon book sur moi.
_Il est vrai qu'on vous a fait partir un peu précipitamment. Un book me dîtes vous? Ainsi vous consignez vos oeuvres...
Je ne compte pas arriver en Enfer les mains vides, c'est un présent destiné à la grande prêtresse, une sorte d'annuaire illustré.
_Où se trouve t-il?
Où rangez vous le vôtre? Dans les fêlures du coeur brisé d'un homme, ou peut être sous le pot de fleurs qui pourri sur la tombe de votre mère? Où donc cachez vous vos abjections? Les monceaux de merde que vous dissimulez sous cet écrin de bonne foi...
_ Je ne suis pas parfaite, c'est certain. Mais il est inutile de me comparer au monstre que vous êtes.
Le monstre c'est celui qu'on pointe du doigt, celui qui se fait prendre. Je n'en suis un que depuis quelques heures. Avant cela je n'étais qu'un nom sur une boîte aux lettres, un numéro de sécu... le voisin sympathique d'en face, celui de dessus, peut être... Adolescente vous teniez un journal, vous l'avez brûlé un jour, de peur de retomber dessus, à trente ans et quelques, et de découvrir qui vous étiez réellement.
_Inventez tout ce que vous voulez, je ne cherche qu'à vous aider.
Si j'avais mes outils je les ferais tournoyer autour de vous jusqu'à ce que vous me suppliiez de vous massacrer. Comme l'insecte qui vous nargue et dont on voudrait qu'il vous pique et s'en aille, enfin.
_Bien, je dois vous laisser, j'ai d'autres cas plus intéressants à examiner."
Soigneusement elle referma le carnet sur lequel elle n'avait apposé aucune notes, tira sa chaise et sans même s'en rendre compte, lui adressa un "Merci".
A bientôt. Et vous savez où...
05 octobre 2008
comptine d'automne
De
l'air de l'air...
Pas
de cet air las de ne pas y toucher tu ne comprendras jamais rien tes oreilles
sont bouchées et puis il va débarquer des mensonges plein les bras tu avales
sans respirer tu seras endormie quand il rentrera du moins c'est ce que tu
espères...comme tu fais ton âge toi qui as toujours voulu paraître plus vieille
et qui tireras encore cette tronche des mauvais jours même quand il t'auras
baisée la veille celui qui a mal c'est celui qui sait
Au
cul aux yeux ailleurs dans ce corps mou tu l'as toujours été reproche non juste
une pensée pourquoi poses tu des questions pleines de réponses quand je sais à
peine dessiner un point d'interrogation.. Je me meus oui c'est ça tu te meus
parce que c'est mieux que si tu disais "je tremble comme une feuille"
c'est dégradant une feuille qui tremble... tu prends l'air de celle qui se
trompe la certitude est un vilain défaut tu n'en n'as aucunes il te semble que
ce mot a été inventé pour toi contre toi...tu vas trop vite pour t'épargner la
jeune mort . . . .tu veux mourir avant de mourir te faire surprendre ne te
viendrait même pas à l'esprit... tu te demandes s'il naît autant de gens qu'il
en meurt, tout comme il y a à peu près autant d'hommes que de femmes sur
Terre... tu penses t'être faite belle aujourd'hui ya que ça qui compte parce
que moche bonne à rien mâle sous la peau c'est vrai que tu ne te sens fille que
quand tu te sens belle...reviens à tes moutons quatre cent mille déjà et
toujours pas sommeil tu ne sais rien tu n'as même pas un siècle... ça te ronge
la nuit par les coins... tu t'endormais petite avec trois je vous salue Marie
maintenant tu te berces du bruit en bas, de la fontaine Wallace qui remplit le
gobelet en plastique. C'est le monde qui est malade tu n'aimes pas qu'on te
demande comment tu vas si tu t'écoutais tu ferais exploser ta tête.
Pétrie
de promesses de dons sur lesquelles tu spécules ta vie est faite de crises...
29... te vient à l'esprit pourquoi pas... c'est presque ton âge...la
numéropathe du jamais deux sans trois qui me font mille.

