26 août 2008
Deux sucres et demi

Elle
m'avait supplié de venir....
"C'est
Maman..."
Je
n'avais plus de mère depuis longtemps mais il y avait je dois bien l'avouer,
quelque chose de familier dans sa voix. Cette manière de parler tout en
soufflant sa fumée de cigarette dans le combiné à chaque début de phrase, et
puis elle avait mentionné une soeur, celle qui soit disant avait fini par
trouver mon numéro.
"Je
suis malade tu sais... Elle au moins vient me voir toutes les semaines... toi
je t'ai pas vu depuis des siècles..." C'était bien ma mère...
"Elle
m'a dit que tu vivais à Paris et que tu avais bien réussi. Je suis contente que
tu gagnes de l'argent... pas comme ton connard de père...Dieu ait son
âme..." Elle avait fait
un faux numéro...
Ces
gens qui vous dérangent de bon matin pour vous apprendre que vous avez une
famille... J'ai raccroché et je suis retourné dans ma chambre, tâchant
d'oublier cette voix jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un arrière goût en
bouche. J'ai regardé ma femme dormir, son petit bras chaud me cherchait déjà
quelque part sur le lit...blotti contre sa poitrine je me suis mis à la téter
puis nous avons fait l'amour, tendrement.
"Pourquoi
tu pleures ?
Ma
mère vient d'appeler.
Je
croyais qu'elle était morte
Elle
ne l'est plus."
Deux
jours plus tard et sur les conseils de ma femme, j'étais sur la route.
Il me semblait que chaque kilomètre qui
me rapprochait de ma mère me faisait rajeunir d'une année... Elle allait
retrouver un foetus devant sa porte.
Le
quartier avait changé...
Je suis passé devant le cimetière mais j'ai fait mine de ne pas le savoir... Après avoir fait plusieurs
fois le tour du quartier je me suis enfin décidé, si j'avais fait tout ce
chemin, ça n'était pas pour me promener dans cet endroit que j'avais tant
détesté. Je n'ai pas entendu ses pas, elle avait laissé un petit temps avant
d'ouvrir, comme pour me persuader qu'elle n'était pas collée à sa porte depuis
le moment où elle avait vu la voiture.
"Serre
moi fort." Elle voulait que je l'étrangle... Peut être que je la prenne dans mes bras. Elle sentait la
poussière, je n'avais pas encore regardé son visage. "Bonjour Maman."
Lorsqu'enfin
elle m'a lâché, elle s'est retournée brusquement, et traînant la patte m'a
invité à entrer. La cafetière était déjà en marche, les deux tasses
dépareillées posées de part et d'autre de la table. Le duel aurait donc lieu sur la toile cirée fleurie, chaque camp
séparé d'une sucrière en métal et d'une brique de lait ouverte à coté des
pointillés.
La
télévision résonnait depuis le salon. Elle avait pris l'habitude de l'allumer
parce que c'était disait elle "comme une présence". De son visage je
n'ai vu que l'expression...une sorte de grimace triste, elle contorsionnait ses
traits pour se rendre encore plus pitoyable... Elle toussait aussi, par
habitude, sans raisons particulières... Elle m'avait supplié de venir. C'était
peut être un piège... elle s'est glissée juste derrière moi, la cruche de café
brûlant dans sa vieille main, j'ai voulu faire un écart sur le coté mais son
autre main m'en a empêché.
"Qu'est
ce que tu crois? Que je vais la verser sur toi? Je te ferai jamais de mal, je
suis ta mère." Dans mon dos je sentais ses seins, aplatis, desséchés,
obscènes...j'étais pétrifié.
Elle
a attrapé deux sucres, les a jeté dans ma tasse... je voulais qu'elle s'éloigne
de moi, tout cela était interminable... elle a pris un troisième morceau
qu'elle a cassé en deux et l'a ajouté aux autres..." Deux sucres et demi
c'est bien ça?" Ca n'était même pas
une question.... Elle m'avait toujours tout imposé, à commencer par mon
existence...toutes ses manies, sa jalousie, sa bouffe dégueulasse, le meurtre
de mon père.... j'ai acquiescé....J'ai démissionné...< />Elle
voulait "tout savoir" , le prénom de mes gosses, le prix de ma
voiture... "Est ce que tu m'en veux encore?bien sûr que non...Tu ne serais
pas là."
Moi
je trifouillais mes clés de bagnole, prêt à bondir hors de la pièce, hors de
cette maison, hors de cette ville. S'il avait suffit de prononcer un mot pour
lui pardonner je l'aurais fait sur le champs mais rien ne pouvait sortir de ma
bouche. J'ignorais jusqu'au nombre des années qui m'avaient séparé de cette
femme... pas assez. Une vie de centenaire aurait été trop courte pour
m'éloigner suffisamment d'elle. Péniblement et à force de gymnastique faciale,
elle s'est extirpée une larme, si petite qu'elle n'a jamais dépassé le milieu
de sa joue...
Elle
s'est mise à me parler de cette soeur dont je ne me rappelais quasiment rien et
qui ne pouvait que lui ressembler. Une voix dans ma tête couvrait tout ce
qu'elle me disait, c'était la sienne, quand elle hurlait à vous transpercer
l'âme et qu'elle avait encore la force de ne pas cacher sa haine.
Je
lui ai dit au revoir mais je mentais, on ne se reverrait jamais. Elle s'est levée d'un air autoritaire, s'est
ravisée quand elle a réalisé qu'elle ne pouvait pas m'obliger à rester. Il ne
lui restait que la parole "T'es bien comme ton père."
21 août 2008
J't'en foutrais bien une.
Ils sont arrivés les vacanciers,
fluorescents
venus se repaître d'un bout de mer.
tout le monde le sait
dans méditerranée il y a "méditer".
Les pélerins du mois d'août,
se tueront sur la route
Du sang sur les pare brise
Un survivant par accident
toujours le même,
Celui qui conduit
toujours.
Il s'en voudra toute sa vie, imbibé d'une dépression fulgurante
et de bibines en tous genres,
Il mettra fin à ses jours et donc finalement ne s'en voudra pas si longtemps que ça.
On retrouvera dans sa main une photo de la famille qu'il a massacrée.
Un pur carnage.
ll est est beaucoup plus sage de rester à Paris.
Celui qui conduit c'est toujours Celui qui boit
15 août 2008
la vie des ombres

Son ombre est un puzzle aux contours mouvants dans lequel s'imbriquent parfaitement tous ses "moi" successifs.
Un petit enfant en position foetale, enroulé quelque part vers l'épaule,
ou l'adolescente aux jambes écartées avec une tête en forme de point d'interrogation,
le profil d'une femme au buste brisé, une fillette endormie dans des bras découpés aux ciseaux,
comme sur une photo.
Un reflet compacte et noir dont on ne sait jamais où il pointe le regard...
je la regardais glisser, tard le soir sous les lampadaires jaunes et tandis qu'elle avançait, son ombre démultipliée
dansait en arc de cercle tout autours d'elle,
en se moquant.
De ma fenêtre j'aurais voulu hurler pour qu'elles la laissent en paix
mais j'aurais réveillé celles qui dormaient à ma cheville.
07 août 2008
I love my friends
François the first est un critique, insomniaque alcoolique
un très joli morceau de mon homme idéal...
Un Dandy un peu pute
qui se paye en petites têtes
posées sur des gros seins...( de préférence)
J'ose espérer que pour ce garçon,
je suis montée à l'envers...
La Main Gauche de Bertha Roentgen
De quel matériau peut bien être faite l'âme
pour être si invisible...
On a retroussé le corps humain, tout entier.
Depuis le monde se regarde de l'intérieur
et c'est moche l'intérieur.
Obsédés par nos petites cellules,
celles qu'on sème sur le trajet du boulot
ou en se dirigeant vers le lit conjugual.
J'ai vu mon coeur sur un écran, mes os, mon cerveau...
Aucune machine ne m'a cependant montré
ne serait ce que l'esquisse d'une âme,
elles se contentent de nous lire l'histoire de notre mort.